120 000 euros par an : ce que fait économiser un carabin à l’Etat

Réunis lors d’un grand colloque sur les déserts médicaux, les maires ont formulés une liste de proposition pour lutter contre le problème de démographie médicale. Ulcéré par ces propositions parmi lesquelles une contrainte à l’installation, le Dr Jérôme Marty, président de l’UFML a décidé de répondre à l’APVF. Chiffres à l’appui…

« Comme d’habitude, les maires proposent des solutions toutes faites que l’on nous ressasse constamment alors même qu’elles sont totalement déconnectées du monde actuel. Certaines idées étaient peut-être valables il y a une quinzaine d’années mais ne le sont plus aujourd’hui.

Que l’on soit à gauche ou à droite on nous répète que les études de médecine sont financées par la nation. Pour démontrer une fois pour toute que cette idée est fausse, nous avons fait une étude managée par le Dr Charles Cousina et validée par des juristes, économistes et docteur en droit. Nous avons mis toutes les vérifications et tout le sérieux de notre côté pour prouver que non seulement les études ne sont pas financées par la nation, mais que c’est plutôt l’Etat qui doit de l’argent aux médecins à la sortie de leurs études.

L’Etat fait une économie considérable

Nous nous sommes posé la question de ce que serait le coût pour l’Etat si un externe était remplacé, pour le même nombre d’heures, par un salarié de l’hôpital au premier échelon (entre 1 500 et 1 600 euros bruts). Nous nous sommes posé la même question pour un interne, à savoir combien cela coûterait si on le remplaçait par un assistant.

Nous sommes arrivés à des chiffres faramineux, sachant que les tarifs des externes et des internes sont très bas. Je rappelle qu’un externe est payé 1,90 euro brut de l’heure de garde. Qu’un interne est payé 6,40 bruts de l’heure et que les gardes des internes sont payées 8,50 bruts de l’heure.

Avec calcul nous constatons que l’Etat fait une économie considérable en regard de ce qu’il devrait dépenser pour rémunérer son personnel. Ainsi, il économise 80 000 euros par an pour un étudiant en cursus de médecine générale, 120 000 euros par an pour un pour un étudiant en cursus de spécialité et 200 000 euros par an pour un étudiant en cursus de chirurgie.

Lorsque l’on fait une moyenne de 120 000 euros par an, que l’on multiplie par 8 500 que sont le nombre d’étudiants admis à passer en deuxième année selon le numerus clausus, on arrive à une économie de 1,20 milliards d’euros par an. Et l’on constate que lorsque les internes et les externes sont en grève, l’hôpital s’arrête. On voit donc bien qu’ils font une part de leur travail en dehors de l’apprentissage pour faire tourner les hôpitaux. On n’est donc pas du tout dans une profession qui verrait ses études payées par l’Etat mais bien au contraire qui rembourse l’Etat tout au long de ses études.

Les centres hospitaliers généraux tournent grâce au travail des internes :

la 4ème année, 52% du temps de travail est consacré au fonctionnement de l’hôpital et non à l’apprentissage. Tout cela devrait être connu par les responsables politiques. Pourtant on ne les entend jamais parler du travail que font les internes et les externes et qui font tourner les hôpitaux et les centres hospitaliers généraux.

On dit aux médecins qu’ils devraient faire un service civique et donner de leur temps dans des zones défavorisées sur le plan démographique. On rappelle que les centres hospitaliers généraux tournent grâce au travail des internes. Or bien souvent, les internes sont mariés ou ont des enfants. Pendant ces années de stage, ils travaillent en centre hospitaliers généraux loin de leurs familles. Ils font déjà leur dû.

Il ne faut pas tout confondre

Les maires de l’APVF nous disent aussi que « les actes des médecins qui ne s’installent pas en zones ciblées pourraient être non remboursés par la sécurité sociale ». Je me demande en quoi le patient qui cotise devrait se voir pénaliser parce qu’il consulte un médecin qui ne respecte pas ce que les maires veulent mettre en place. Je rappelle aussi que l’exercice est validé par un diplôme et non par le respect d’une convention. Il ne faut pas tout confondre.

il n’y avait pas ces mêmes manques, du nombre d’heures que faisaient les praticiens et qui a fait qu’une partie d’entre eux ont fait des infarctus, des burn-out ou se sont suicidés…

Tant que le rideau qui cachait les erreurs politiques était en place, on ne disait rien. Maintenant que le rideau se déchire et que l’on commence à voir le problème, ils sont en grand péril électoral. Tout d’un coup on veut mettre des solutions à la va vite en obligeant les médecins à s’installer. C’est un peu court comme raisonnement.

Aujourd’hui, si les médecins ont accepté d’avoir des honoraires aussi bas par rapport à la moyenne européenne, c’est parce qu’on prenait en charge une partie de leurs cotisations sociales et pour garder leur liberté d’installation. On ne peut pas avoir un raisonnement selon lequel on serait payé au plus bas et on nous obligerait à nous installer à tel ou tel endroit.

Il va falloir s’apercevoir des réalités

Ca suffit de mépriser la profession. Quel est l’objectif ? Qu’il n’y ait plus du tout de jeunes qui s’installent en médecine générale ? Que les médecins partent à l’étranger ? Il va falloir s’apercevoir des réalités.

Il y a 112 médecins qui se sont suicidés depuis le début de l’année. Sur la même progression on arrive à 150, ce qui correspond à la population médicale de Grenoble. Tous ces maires qui sont des grands électeurs, et qui ont participé à l’élection des sénateurs, sont quelque part responsables des politiques menées.

Les politiques menées depuis des années ont amené le pays dans un échec sanitaire. Il va falloir que les politiciens arrêtent de trouver des solutions palliatives et passent au curatif. »

Laisser une réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *